Histoire d’une maladie…

(j’annonce ! il y a de la lecture)

Comment j’en suis venue aux troubles du comportement alimentaire …

Par ce récit j’ai envie de vous montrer l’évolution de cette maladie qui commence quasiment toujours pas un mal-être et le début d’un régime. Le chemin de guérison peut être long, mais on peut guérir avec patience et bienveillance envers vous et en étant bien entouré et épaulé par des thérapeutes. Il y’aura des rechutes, des remises en question et c’est normal dans le processus de guérison.

Petite fille plutôt fine, je faisais pas mal de sport mais uniquement pour le plaisir, la compétition, ce n’était pas pour moi. Piscine, GRS, équitation, danse. Puis nous avons déménagé, j’ai arrêté tous les sports, je ne faisais qu’un peu d’équitation et de danse pour le plaisir seulement.

En pleine période d’adolescence et avec l’arrêt du sport, j’ai commencé à prendre du poids, pas mal de poids. Effectivement, à l’adolescence les corps changent, les hormones sont en ébullition et beaucoup de jeunes filles vivent mal ces changements. 

 S’ajoute à cela le fait que je traine avec mes copines, je squatte mon lit… autant d’inactivités qui font  que je ne fais pas grand-chose de ma vie, je mange beaucoup…chez nous, c’est entrée, plat, fromage, dessert puis au goûter, limonade et deux tranches de brioche au Nutella. Avec mes copines, lorsqu’on s’ennuie on fait des pâtisseries, puis on mange souvent  MC DO, bonbons, et cela, pendant toute mon adolescence.  Me voilà donc en surpoids avec 84kgs pour 1m69.

Honnêtement, je voyais bien que je n’étais pas comme les autres filles.  J’avais les longs tee-shirts de mon frère, souvent en pantalon noir et pas des plus féminins alors que toutes mes copines étaient en jean moulant et  en top nombril à l’air. Le côté positif, c’est qu’elles étaient super ! Aucune d’elles ne m’a fait de remarques sur mon poids !

Par contre, les professeurs et les copains de classe ne se sont pas gênés.  Au sport, j’étais dans les dernières pour être prises dans les équipes, j’avais le droit à : « moi je ne veux pas Cynthia dans mon équipe, elle est trop grosse, elle va ralentir tout le groupe » ou «  haha c’est vous qui vous coltinez Moby Dick ».

Malheureusement, étant très timide et pas très forte à l’école, (dyslexique)  j’étais toujours au fond de la classe, on ne m’entendait pas, mais les profs ne se gênaient pas pour me faire quelques commentaires : « tu es nulle,  qu’est-ce que l’on va faire de toi ? Tu n’y arriveras jamais ! « On dirait un sac à patates sur ta chaise » ou bien une fois, ma prof de Français qui offrait quelques  places de musée aux élèves… j’ai eu le malheur de lever la main pour en avoir une, elle m’a regardé en me riant au nez « haha Cynthia, tu plaisantes ?  Je n’en donne qu’aux bons élèves ! Quoique ! Je devrais peut être t’en donner une pour aller t’instruire ».

Mis bout à bout, et en rajoutant les commentaires de la famille, autant vous dire que mon estime et ma confiance en moi étaient réduites à néant, voire inexistantes. C’est ainsi que j’ai grandis avec toutes ces croyances par rapport à moi : leurs jugements et leurs critiques m’ont mis des complexes que je n’avais pas jusqu’alors.

Je me suis donc pesée pour la première fois et j’ai commencé à me regarder réellement dans une glace, « effectivement, je suis grosse, moche et nulle en plus ! Les autres ont raison, il est temps de se ressaisir… »

J’ai commencé alors les régimes.  J’ai d’abord supprimé le litre de limonade à chaque goûter et j’ai fait  un peu plus attention à mon assiette. J’ai supplié ma mère de me faire la fameuse recette de soupe aux choux, j’ai testé Weith Watchers, les sachets protéinés, etc…

J’ai réussi à perdre 10 kilos mais j’étais toujours mal dans ma peau.

Puis à 18 ans,  je suis partie vivre avec mon copain de l’époque « Chouette ! Je vais pouvoir gérer toute seule ma nourriture, faire mes régimes comme je l’entends, ne m’acheter que des choses qui ne font pas grossir, des produits “light”. Je me nourrissais de pot pour bébé ou d’une pomme avec du fromage blanc, (aujourd’hui, j’en suis totalement dégoutée). Bref, la restriction alimentaire journalière peut atteindre les 100 kcal par jour, mais c’est bien connu,  dans les TCA, «la restriction amène la frustration et donc à la compulsion » et me voilà à manger toutes les courses prévues à la base pour mon copains. Orgie de bouffe et me sentant très mal, je décidais d’aller me faire vomir. Après cela, je me sentais gonflée, honteuse, pleine, gavée comme une oie et avec un profond dégoût de moi.

Mais tout cela était dorénavant mon quotidien anorexie la semaine  contrôle/frustration et boulimique le week end perte de contrôle/compulsion.

J’ai tout essayé comme régime. Plusieurs fois, tous les lundis je m’y  remettais pour recraquer tous les weekends.  J’ai mis des crèmes minceurs, pris des laxatifs, vu des spécialistes, des psychologues (tout vient de votre mère disaient-ils »).   J’en devenais folle : j’avais ce petit démon qui me disait : « vas-y !  Mange, mange tout le placard » et ce petit ange qui me disait : «  non tiens le coup, tu n’as pas faim ! » Je vous laisse deviner qui gagnait à chaque fois !

Au fil du temps, l’anorexie et la boulimie m’épuisaient.  En effet, avec les TCA,  nous perdons les vitamines et les minéraux. Nous les rejetons, nous sommes alors dénutris.

La dénutrition fait que nous manquons de macro et micro nutriments.

Les conséquences sur mon corps étaient les suivantes :

•             Perte musculaire,

•             perte de cheveux,

•             ongles mous, cassants, dédoublés,

•             dents cariées ou déchaussées par l’acide, mâchoire proéminente,

•             idées noires,  se croit folle,

•             mental au ralenti (dû au manque de glucides), perte de mémoire

•             hormones totalement déréglées voire infertilité, Syndrome des ovaires polykystiques (dû au manque de lipides)

Etc…

Socialement, c’était dur également : je ne voulais plus sortir.  Si la soirée était programmée à l’avance, je la gérais  en me restreignant la journée. Si elle n’était pas prévue et que l’on me l’imposait, je faisais la tête car je ne l’avais pas prévue. J’étais angoissée, j’allais manger plus et donc, grossir. Ce n’était pas dans mon plan ! Gros stress !

Quand on mangeait à l’extérieur ou que je n’étais pas chez moi, je me demandais comment faire si je veux me faire vomir ? Il fallait que je tienne et que je ne mange pas trop.

La nourriture, le contrôle de celle-ci était devenu une véritable obsession, oppressante et destructrice. Il n’y a que la nuit que je n’y pensais pas. Dans mon malheur, j’ai de la « chance »… j’adore les légumes, les fruits, les salades et je ne suis pas du tout fan de pizza, burger, pâtes ou riz. Depuis toujours et  même en souffrant de boulimie, les crises se faisaient avec du sucré.

Puis, j’ai rencontré mon futur mari qui m’aimait pour qui j’étais et comme j’étais. Il me donnait l’amour dont j’avais besoin, les mots que j’avais besoin d’entendre. Mon boulot ne me plaisait pas, il m’a conseillé de faire une formation et j’ai changé de travail. Je suis devenue assistante maternelle. J’adorais mon nouveau travail mais cela m’obligeait à rester à la maison toute la journée et à ne voir personne. Vous imaginez… pour une fille souffrant de TCA !

Nous souhaitions avoir un enfant, J’ai arrêté la pilule et malgré tout ce que l’on a pu me dire et tous les examens qui précisaient  que j’aurais du mal à en avoir, j’ai pu être enceinte 15 jours après (grâce à la pilule, oui oui…qui m’a créé mon cycle et donc j’ai pu avoir une ovulation). Pendant toute ma grossesse, je n’ai pas fait de crise de boulimie. Je mangeais ce que je voulais, quand j’en avais envie.  Alors bien sûr,  je ne mangeais pas pour deux, je faisais attention à ce que mes repas soient équilibrés. J’avais un petit être à l’intérieur de moi qui n’avait rien demandé, lui !  Il lui fallait tous les bons nutriments et bizarrement, je n’ai  pris que 10 kilos, j’étais dans la norme pour une grossesse. Je n’avais pas envie de faire de crise  et si je voulais un Kit Kat (mon péché mignon pendant la grossesse) j’en mangeais un.

Apres avoir accouché et après l’allaitement, les crises ont repris mais avec moins d’intensité.

C’est plus tard, vers les “1 an”de ma fille, qu’elles ont repris. Mon travail est plutôt physique et mentalement, il me manque quelque chose : est-ce de ne voir personne chaque jour et de ne pas faire travailler ma cervelle ? Je recherchais un but dans la vie, j’avais le sentiment que je ne servais a rien, je n’avais pas de projets… Du coup,  je voulais partir de chez moi et voyager le plus possible. J’organisais des week ends ou des voyages qui me semblaient être des buts. Je devais chercher, organiser et j’étais très occupée mais je me suis rendue compte qu’une fois rentrée de toutes ces destinations, j’avais un gros vide en moi et je n’étais pas plus heureuse, voire même pire (nostalgie du voyage). Il fallait donc que je trouve le bonheur en moi et pas ailleurs.

Un jour, en cherchant sur internet suite à mon souci d’ovaires polykistiques, je tombe sur un article qui citait tous mes maux et dysfonctionnements. Il disait qu’il fallait adopter une alimentation à indice glycémique bas. Je mets en pratique ce mode alimentaire et  je décide d’arrêter également la viande et le poisson ainsi que les produits laitiers. J’ai tout à coup une prise de conscience : je souhaite devenir végétalienne et refuse ce que m’ont toujours imposé les nutritionnistes et mon éducation : manger de la viande, du poisson et ses dérivés.

Le constat est surprenant, je perds plus que je ne l’aurai imaginé. De 65 kilos, je passe à 49 en quelques mois, je n’ai plus cette envie de manger sucré tous les jours. Après une écho de contrôle au bout d’un an à manger à indice glycémique bas, mes kystes ne sont plus aussi gros. Enfin, aurais-je trouvé la solution ???

Pas tout à fait, physiquement je ne me plais toujours pas, la confiance en moi et mon estime ne sont toujours pas au beau fixe. Les crises vont et viennent mais sont très très espacées. Je peux très bien ne pas en faire pendant un mois voire deux, cela dépend. Je fais toujours des restrictions et fais attention à tout ce que je mange, je calcule pour avoir un bon taux de calorie,  pour ne pas être trop basse, oui car maintenant il me fallait ne pas trop perdre de poids…. le monde à l’envers ! Je mange sainement, je fais du sport tous les jours à la maison, je vais à la salle, je souhaite me muscler dans l’espoir de modeler mon physique. Le verdict tombe lors d’une visite chez un  naturopathe « vous mangez comme il faut rien à dire mais je pense même que vous êtes orthorexique ! » (dit-il en rigolant) A l’époque je ne savais même pas ce que ça voulait dire mais après avoir googueliser le mot je me rends compte que, ok oui, peut-être qu’il a raison ! Décidément je les aurai toutes faites !!!

Sujette aux dépressions saisonnières, j’adore quand il fait beau et chaud. Le manque de lumière et le froid,  je n’aime pas trop ça. Tous les ans, je déprime en Octobre, Novembre.  Mais cette année-là, c’est différent,  celle-ci a duré, j’essaie de me chercher des occupations, de découvrir mon chemin de vie. L’idée de devenir diététicienne trotte dans ma tête, tant qu’à faire, la bouffe c’est  toute ma vie et j’en connais un rayon ! Mais cela ne correspond pas à ma vision, manger 100g de ci ou de ça, éliminer tel ou tel aliment, c’est tout ce qui, à mon sens, il ne faut pas faire !

C’est en discutant de cela avec mon naturopathe qu’il me dit alors : « pourquoi ne pas rentrer dans mon école de naturopathie c’est justement ce que l’on apprend, manger équilibré, sain, faire du bien à notre corps avec une alimentation de qualité ! »

J’y réfléchis et en regardant sur internet ce qu’était un naturopathe dans sa globalité, je me dis Bingo ! Ça colle complètement à mon idéologie de vie, c’est ça que je veux devenir… une naturopathe ! Aider les personnes à s’en sortir avec une santé physique, mentale et sociale optimum et des techniques douces naturelles et à la portée de tous !

J’ai enfin trouvé mon truc ! Je me passionne pour cette profession, les deux ans en école m’apprennent beaucoup sur moi, sur la vie, je fais des rencontres super qui vont me pousser, me faire évoluer… j’aime ce que je fais ! Je prends confiance en moi, en estime de moi.

Je reprends un peu de poids suite à une photo que mon beau père a prise où je me vois squelettique, je prends peur.  Je lui dis alors « Mais je suis comme ça ? » POURQUOI VOUS NE M’AVIEZ RIEN DIT ??? Je reprends 3 kilos, c’est dur de les reprendre,  pour une fille qui a toujours voulu maigrir et qui n’y arrivait pas ! De devoir regrossir est assez troublant… j’avais peur de repartir dans des troubles ou de prendre trop de poids et de repartir à faire attention. Mais j’y arrive avec le temps, j’adore manger sainement et avec la profession que je fais, je sais pourquoi je le fais maintenant. Je ne me prive de rien, je mange ce que je veux, quand je veux sans penser à la nourriture H-24,  je peux même oublier de devoir manger car je n’ai pas faim, j’ai retrouvé enfin ma satiété et les signaux de faim que je n’avais plus du tout.

Je travaille sur moi, mon image, sur le contrôle, le lâcher prise, je fais de la méditation, j’ai réduit le sport et si je n’en  fais pas, ce n’est pas une catastrophe. J’ai des vergetures, la peau flasque, je dis parfois de grosses bêtises, je fais des millions de fautes d’orthographes mais je suis comme je suis et c’est OK !

Guérir d’un trouble de comportement alimentaire est long et semé d’embûches, on tombe souvent pour apprendre et mieux se relever. Toutes ces épreuves m’ont apportées quelque chose et m’ont fait comprendre ce qui marchait ou pas.

Il faudra de la patience, beaucoup d’amour et de tolérance envers soi !

Ayant vécu toutes  ces épreuves, j’ai voulu aller plus loin que la naturopathie.  Je me suis formée  à diverses techniques, comme les fleurs de Bach, l’hypnose thérapeutique, les émotions et bien d’autres  afin de me spécialiser dans les troubles du comportement alimentaire. Je fais quelque chose qui a du sens pour moi ! j’aime me dire que la vie m’a fait vivre ces épreuves pour qu’à mon tour, je puisse aider, accompagner, épauler et donner des clés aux gens qui souffrent de ces maladies souvent honteuses et que peu de personnes ne comprennent. Notre entourage peut se sentir désarçonné face à ces maladies et c’est normal, il est difficile de comprendre les personnes souffrant de TCA quand on n’est pas passé par là …

On ne guérit pas en un claquement de doigts mais ON EN GUERI !

Les personnes souffrant de boulimie auront, une fois guéries la chance de devenir  des boulimiques de la vie !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *